Après l’effort, le réconfort…intensif. Une fois un match, une course ou une grosse performance effectuée, la priorité n’est pas au repos, surtout côté nutrition. La stratégie de régénérer les tissus lésés immédiatement après l’effort est devenue primordiale, surtout dans le cadre d’un enchainement de compétitions.
Sushis, tenders de poulet, brochettes de fruits, lait au chocolat, mini-sandwichs, bonbons, c’est le festin que les joueurs du XV de la Rose se sont vu accorder après un match contre l’Ecosse samedi 22 février. Plus qu’un festin, cet apport en calories et protéines est une stratégie assumée. Les 80 minutes à peine bouclées, les maillots encore imprégnés de la sueur de la victoire, la récupération nutritionnelle est l’objectif premier. “Les sushis sont le meilleur exemple“, s’exclame Laura Martinez, diététicienne du sport et ancienne footballeuse professionnelle.
Le diététicien nutritionniste spécialisé en sport, Nicolas Aubineau, lui aussi, n’est pas tellement étonné de cette stratégie : “La meilleure fenêtre pour nourrir positivement l’organisme c’est la fenêtre de récupération post-effort direct. On est dans les meilleures conditions pour régénérer un organisme qui a été détruit.”
On est bien loin de l’image des sportifs ascètes qui essaient avant tout de maitriser leur poids. “La nutrition du sport, c’est une discipline scientifique très jeune, qui a décollé, on peut dire, au cours des dix dernières années, explique Julien Louis, nutritionniste dans l’équipe Décathlon AG2R-la Mondiale dans le podcast Grand Plateau. On a réussi à développer de nouvelles connaissances pour mieux comprendre comment, par exemple, les glucides sont absorbés au niveau intestinal. Maintenant, on sait qu’il faut associer différents types de glucides pour mieux les absorber et donc on peut en absorber plus.”
“C’est normal, ils sont champions du monde, heureusement qu’ils mangent des pizzas!”
“La prise en charge au niveau alimentaire a beaucoup progressé et les athlètes maintenant se l’accaparent comme un facteur clé de la performance”, observe Nicolas Aubineau. Tant dans le rugby, que dans le cyclisme, on retrouve facilement un certain gavage intense après l’effort. À peine le cycliste a-t-il posé le pied par terre à l’arrivée que son équipe s’empresse de lui donner un nombre de cannettes ou autres pour que le vainqueur ingurgite une dose de sucre considérable.
“Celui qui est performant sur un grand tour, c’est celui qui arrive à manger beaucoup pendant trois semaines, explique Julien Louis. Il faut avoir cette capacité à ingérer beaucoup d’aliments pendant trois semaines de manière régulière. Un coureur cycliste ne peut pas avoir un jour off où il se dit ‘finalement non, aujourd’hui j’ai pas envie de manger’. On peut être quasiment certain que le jour suivant va être très compliqué.”
Laura Martinez, a souvent eu cette question sur l’équipe de France de foot, notamment après la coupe du monde : “Ils ont toujours des pizzas à la fin des matchs ?”. Mais l’ancienne footballeuse professionnelle rétorque : “C’est normal, ils sont champions du monde, heureusement qu’ils mangent des pizzas !”
“Plus on mange rapidement après l’effort, plus c’est simple de refaire ces stocks. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de glucides dans un repas de récupération”, insiste Laura Martinez. “L’autre pilier, ça va être l’apport en protéines pour réparer les microlésions musculaires dues à l’enchainement de contractions et de décontractions musculaires. Cela crée des microlésions musculaires, et si elles s’accumulent, ça entraine des déchirures”, analyse la diététicienne du sport.
“Ce n’est pas parce qu’on dépense que forcément on peut s’empiffrer de n’importe quoi”
“Cependant, manger beaucoup plus, si on oublie la qualité, ça peut être dix pizzas, c’est non, il faut quand même axer sur un carburant de qualité, comme on pourrait le faire avec une voiture, sinon il n’y aura pas une bonne assimilation au niveau corporel et ça sera délétère au fil du temps”, fait remarquer le diététicien Nicolas Aubineau, “il faut trouver le juste milieu pour chacun. Ce n’est pas parce qu’on dépense que forcément on peut s’empiffrer de n’importe quoi.” Mais cela reste positif de consommer protéines et glucides et même un peu de gras, puisque quand on resynthétise des cellules il faut une membrane graisseuse de façon lipidique autour.
Laura Martinez est du même avis et insiste aussi sur le fait que “ce sont souvent des cas qui sont exceptionnels”. Ce n’est pas comme ça tous les week-ends et cela ne représente généralement qu’un repas par semaine.
Laura Martinez, qui observe cette récente insistance sur la récupération nutritionnelle post-effort, pense qu’il pourrait bien y avoir une explication. “Plus on avance, par exemple en rugby, basket, foot ou tennis, plus on demande aux joueurs de plus en plus de matchs. Les basketteurs jouent tous les trois jours, les footballeurs c’est pareil, il y a de plus en plus de compétitions”, remarque Laura Martinez. Donc, selon la diététicienne, c’est aussi pour ça qu’on insiste beaucoup sur la récupération. Il y a un véritable enchainement des compétitions. Physiquement, on demande beaucoup aux joueurs.
“Il y a des efforts énormes à fournir sans parler des décalages horaires, des voyages, le fait qu’ils dorment peu, c’est lunaire”, s’exclame Laura Martinez.
Via RMC Sport