Le trois-quarts centre international Français Gaël Fickou va faire son grand retour en équipe de France, ce samedi soir, à l’occasion de la réception de l’Ecosse au Stade de France.
Interrogé via Le Progrès, Gaël Fickou s’était confié sur son enfance passée dans un quartier populaire de la Seyne-sur-Mer.
Il raconte son adolescence. Extrait:
Quand tu vis dans une cité avec des dizaines de tours de 36 étages collées les unes aux autres, c’est comme un village où tout le monde se connaît. Tu grandis avec énormément de gens différents. Ça m’a apporté des valeurs de solidarité énorme. Il y avait aussi de la violence et des difficultés, même si ce n’était pas quotidien. J’ai connu les émeutes, les manifestations dans la cité, les règlements de compte, les matins où le GIGN débarque dans la tour à 6h…
Quand tu es jeune, tu ne sais pas qu’il y a un autre monde. Dans la cité, il y a une sorte de quadrillage duquel tu ne sors pas. C’est quand j’ai commencé le rugby à l’âge de 15 ans, que j’ai joué à Clermont, à Toulouse et ailleurs en France que j’ai découvert le monde.
Mais mon quartier m’a permis de voir la diversité et d’avoir une vraie ouverture d’esprit. Mon père est musulman, ma mère est chrétienne, j’ai vécu avec la culture française et sénégalaise, ça m’a apporté beaucoup. Quand je suis arrivé au pôle espoirs de Hyères, des mecs me disaient : ”T’es cool, pourtant tu viens de cité.” Il y a toujours ces a priori et ça m’a appris aussi à m’adapter au milieu dans lequel je suis. Je n’interagis pas de la même façon avec mes potes de la cité que quand je parle avec un coéquipier, avec un entraîneur ou avec un chef d’entreprise. Il faut avoir ce côté caméléon.
Il ne le cache pas : le rugby était très peu connu dans sa cité. Extrait:
« Il y avait très peu de joueurs professionnels auxquels on pouvait s’assimiler. Il y avait Léon Loppy mais c’était 30 ans avant. C’était dur pour un gamin de se projeter, d’avoir un modèle et de se dire : ‘‘J’ai envie de faire comme lui’’. Aujourd’hui, il y a plein d’exemples : Mathieu Bastareaud, Yacouba Camara, moi… Ça crée une visibilité énorme. L’équipe de France a aussi bien aidé : elle gagne, on la voit sur France 2, il y a un engouement fort… Et ça s’est aussi développé en Afrique, en Algérie ou au Sénégal par exemple. Tout ça mis bout à bout fait que le rugby a pris une place dans les cités, même si on peut faire encore mieux. »
D’ailleurs, il a longtemps lui-même hésité entre le football et le rugby. Extrait:
« Dans une cité, tout le monde est à fond dans le foot et te soutient dès qu’on sent que tu peux devenir professionnel. A l’époque, quand j’ai décidé de choisir le rugby, tout le monde m’était tombé dessus, même si aujourd’hui ils sont très fiers de ce que je fais. Même mon père m’en a voulu, il n’avait pas voulu me payer la licence. Quand j’étais jeune, il venait à tous les matches de foot mais au rugby, jamais (rires).
J’étais dans une association de la cité qui organisait des stages à l’OM et au RC Toulon. L’été, au lieu de rester en bas de ma tour, je partais deux ou trois semaines à l’OM et deux ou trois semaines à Toulon. Un recruteur de Toulon m’a dit : ‘‘Toi un jour, tu seras en équipe de France’’. Il ne me lâchait pas, il appelait toute ma famille. Mais j’ai dû commencer à la Seyne-sur-Mer car mes parents n’avaient pas de moyens de locomotion. Un an et demi après, je me retrouvais à Toulon, le club venait me chercher directement en bas de chez moi. »
Selon lui, les originaires africaines créent des prédispositions pour le sport. Extrait:
« Il ne faut pas se mentir, il y a quelque chose lié aux gênes. Les mecs comme Yacouba Camara ou Sekou Macalou, qui ont des gènes africains, sont extrêmement rapides, puissants et véloces. Moi c’est pareil, je sais que j’ai des capacités d’explosivité et de vitesse qui sont issues de ma génétique, de ces origines africaines qui créent des prédispositions dans le sport. Après, il ne faut pas faire de généralisation sur les cités : dans le football, un joueur comme Erling Haaland, qui ne vient pas d’un milieu populaire, bénéficie aussi de sa génétique, avec une puissance et une vélocité très ”nordiques”. »
Pour conclure, il explique pourquoi la religion est très importante pour lui. Extrait:
« Je suis beaucoup dans la spiritualité. Bon, ne t’imagine pas que je brûle de l’encens tous les soirs et tout hein (rires). Mais je crois beaucoup dans la bienveillance, dans le fait qu’il faut toujours être la même version de soi-même. Ça m’aide beaucoup en tant que capitaine du Racing et vice-capitaine de l’équipe de France. À chaque fois qu’un mec rate quelque chose, j’essaye de me mettre à sa place. Des fois, on a tendance à être impulsif dans la compétition, mais j’essaye d’être le grand frère, de l’encourager et de lui dire que la prochaine action sera mieux. Il faut réussir à se dire que le mec est déjà assez mal d’avoir raté et l’aider à basculer dans quelque chose de positif. »